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Vers un nouveau mouvement de fusions des coopératives céréalières ?

Actuellement, plus de 75 % de la collecte est assuré par le système coopératif.

La conjoncture économique difficile se reflète dans les performances financières des coopératives spécialisées dans le grain. Selon La Coopération Agricole métiers du grain, le secteur pourrait connaître un nouveau mouvement de restructurations, via des fusions et réorganisations internes. L’objectif est notamment de réduire les coûts de structure, et de regagner en compétitivité.

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Les performances financières des coopératives spécialisées dans le grain « sont en retrait par rapport aux moyennes historiques », indique Antoine Hacard, président de la section des métiers du grain de La Coopération Agricole. Le 6 février 2026, le Haut-Conseil de la Coopération Agricole (HCCA) et La Coopération Agricole métiers du grain ont présenté le bilan de 2024 de l’observatoire économique et financier « spécial filière des grains ». Il est à noter que les dates de clôtures comptables étant majoritairement fixée au 30 juin, ces résultats ne reflètent pas la mauvaise récolte céréalière de 2024. Déjà l’année dernière, l’observatoire témoignait d’une dégradation.

Une « mise à l’épreuve du système coopératif »

Pour 2024, les résultats sont ainsi « en légère érosion, avec une nouvelle mise à l’épreuve du système coopératif », abonde François Macé, président de la section économique et financière du HCCA. Ce modèle « a montré sa résilience, mais elle commence à s’user ». L’exercice a notamment été marqué par les crises géopolitiques et la désorganisation des marchés qui en découle, et les accidents climatiques.

Le chiffre d’affaires des coopératives spécialisées en grains s’établit à 60,1 milliards d’euros, en baisse d’environ 10 % par rapport aux 65,7 milliards d’euros de 2023, mais en hausse de 38 % entre 2019 et 2024. Leur marge d’Ebitda (indicateur de rentabilité) s’effrite légèrement sur un an, s’établissant à 3,17 %, contre 3,27 % en 2023. Cela fait plusieurs années que cet indicateur se situe entre 3 % et 3,3 %. « On est sur des rentabilités extrêmement faibles », commente François Macé. Selon lui, « on ne peut pas continuer sur ces niveaux. Il faut améliorer l’efficience opérationnelle. Cela conduira à prendre des décisions sans doute difficiles et courageuses, mais c’est nécessaire. »

Les petites coopératives sont les plus impactées

Les petites structures (moins de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires) sont les plus impactées. En témoigne le niveau de leur Ebidta : 2,09 % en 2024, contre 2,44 % en 2023. « Ce sont celles qui ont le plus de difficulté à optimiser leurs coûts », explique l’expert. Selon l’observatoire, ce sont ces structures qui subissent le plus l’effet ciseau entre prix de vente et coûts. Selon François Macé, « la création de valeur dépend de la maîtrise des charges, du pilotage du risque et de l’efficience industrielle et logistique. »

Sur l’ensemble des structures, il note toutefois un élément positif : l’amélioration tendancielle du ROCE (indicateur de rentabilité des capitaux investis) : 4,44 % en 2024, contre 4,43 % en 2023 et 2,75 % en 2019). Cela traduit notamment « un effort continu d’optimisation des outils industriels et logistiques », explique l’observatoire. « Il faut poursuivre les efforts d’investissement » dans cet objectif, estime-t-il. Il poursuit : « Il n’y a pas de secret, la massification contribue nécessairement à amortir les coûts de structure. »

Réduire les coûts de structure

« Le système coopératif a toujours trouvé des solutions et des pistes d’amélioration, affirme François Macé. Les fusions, les rapprochements, sont des sources d’économie d’échelle. La conjoncture récente et l’environnement géopolitique vont pousser encore plus à la rationalisation des outils de collecte. Les économies d’échelle, les gains de charge de productivité, montrent rapidement leur efficience. Il faut poursuivre et accélérer le mouvement. »

Les récentes annonces de rapprochement de coopératives sont selon lui « des décisions judicieuses » : cela permet de réduire les coûts de structure, d’être plus compétitif sur le marché et de peser davantage dans les négociations avec la grande distribution.

« Le plus important est que les conseils d’administration, qui sont composés d’agriculteurs, continuent à garder la main sur la stratégie d’entreprise », estime Antoine Hacard.

« Le mouvement de fusion a été très calme ces dix dernières années, retrace Antoine Hacard. Il est probable que la conjoncture économique entraîne un nouveau mouvement dans les prochains mois et années. » Il ajoute : « Ce qui compte, c’est la qualité des projets. » Pour lui, « le plus important est que les conseils d’administration, qui sont composés d’agriculteurs, continuent à garder la main sur la stratégie d’entreprise », estime Antoine Hacard. Il juge par ailleurs que « la restructuration ne se fera pas que par des fusions, elle se fera aussi à l’intérieur du périmètre des coopératives. »

Ce discours résonne avec celui de Thierry Blandinières, directeur général d’InVivo : il plaidait, en décembre dernier, pour aller « plus loin » dans la concentration des acteurs du monde agricole et agroalimentaire.

Parmi les grands rapprochements ces derniers mois, on peut citer Agrial et Terrena, Euralis et Maïsadour, ou encore Terres du Sud et Vivadour. InVivo a, de son côté, racheté le Groupe Soufflet en décembre 2021.

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